Outre le fait d’être flamand, quel autre point commun réunit Carl De Keyzer, Bieke Depoorter et Tim Dirven? D’être parmi les 100 photographes honorés  cette année par le réputé festival américain Eyes on Main Street Wilson. Zoom sur le trio. 

 

Regards flamands sur le monde

 

Direction Wilson, Caroline du Nord. Depuis cinq ans, s’y tient un outdoor Photo Festival. L’édition 2019 vivra bientôt pendant… trois bons mois. Du 27 avril au 4 août. Avec une foule d’activités photos et d’expos. Orientées kids, orientées « artistes en résidence » invités en cours d’année à venir séjourner un mois dans la cité. Et enfin, orientées sur la crème internationale de photographes confirmés ou émergents. 100 artistes triés sur le volet. Cette année, 5 sont belges dont, Carl De Keyzer, Bieke Depoorter et Tim Dirven, bien connus sous nos latitudes. Chacun aura droit à sa photo unique dans l’expo majeure de l’event « Main Street, a Crossroad of Culture ». Une belle reconnaissance pour nos trois talents flamands aux regards bien trempés.

https://www.eyesonmainstreetwilson.com/

 

 

CARL DE KEYZER

Faut-il encore présenter ce Gantois, pilier de Magnum, à la bibli-photographie longue comme le bras ? En 40 ans, le sexagénaire a marqué de manière fondamentale la photographie nordiste. Non seulement par sa maîtrise, sa composition mais aussi son approche toujours audacieusement intelligente de ses sujets. De « Homo Sovieticus » sur la chute de l’Union soviétique à « God Inc. », sur les lieux de cultes américains mixant patriotisme et ferveurs religieuses, puis son magistral « DPR Korea Grand Tour » (dont est extraite la photo de l’expo « Main Street ») où il suit à la lettre la visite officielle qui lui est accordée (220 sites en 60 jours !)… Pour mieux la détourner ironiquement en un portrait profond du pays et du peuple sous le vernis de la propagande théâtrale. 

www.carldekeyzer.com

 

 

 

BIEKE DE POORTER

Autre signature, autre ambiance mais même audace. Celle d’aller au-delà des apparences, de remettre en cause les codes, notamment photographiques. A seulement 30 ans, « Bieke » a déjà imposé son style et son côté imprévisible de tête chercheuse agitée de questions sur son rapport aux gens qu’elle photographie. Elle en fait presque des co-créateurs, co-narrateurs. Pour un livre sur l’Egypte, les gens photographiés ont été invités à écrire des commentaires sur les clichés. Cette voie du portrait collaboratif anime aussi son projet « Agata » entamé fin 2017 sur une jeune femme rencontrée dans un bar à strip-tease parisien. La photographe fonctionne à la rencontre accidentelle et au travail non prémédité avec une pointe de fiction pour brouiller les pistes et abolir la distance entre sa propre vie et celle de son sujet. En avril, à Wilson North Carolina, sa photo choisie est antérieure, tirée de sa série « I Am About to Call It A day » de 2010, sur les USA. 

www.biekedepoorter.com

 

 

TIM DIRVEN 

C’est un globe-shooter. Mais loin des vues reposantes et lisses. Formé à la photo documentaire, Dirven plonge son regard humaniste engagé dans la glaise humaine malaxée par les conflits, les catas humanitaires, les chaos. Bref, tous les heurts du monde moderne et ceux qui les encaissent. Cet engagement, le reporter le pratique pour la presse, notamment le quotidien « De Morgen », du nord au sud de  la planète, toujours là où rien n’est simple: Roumanie puis ex-Yougoslavie avant, entre autres, Yemen, Afghanistan, Tchad...  Ses séries lui ont valu prix et reconnaissance internationale. Des œuvres surtout en noir et blanc et depuis peu en couleurs, avec en commun de témoigner des histoires intimes de la vie des gens ordinaires en situation dramatique. La condition humaine, pieds sur terre et souvent dans la boue, où hommes, femmes, enfants essaient de tenir debout et droit grâce à leur « Karkas ». Le titre d’une expo et d’un livre tiré de ses 25 ans de regards sur l’humain en perpétuelle recherche d’équilibre. 

www.timdirven.com